Avec la croissance vertigineuse du e-commerce et les réglementations de plus en plus contraignantes, de nouvelles solutions de proximité ont vu le jour et permettent des livraisons écologiques et une meilleure consolidation des flux. Au nombre des solutions les plus développées, on note la livraison d’hyper proximité à pied ou en triporteur, communément appelé cyclologistique. Le recours à ce mode de transport écologique, simple et adapté aux centres-villes constitue-t-il un effet de mode ou une véritable révolution ? Réponse dans cet article.

L’urgence écologique de la cyclologistique

La « logistique à vélo » ou cyclologistique a de quoi séduire. Du point de vue écologique, elle répond à la problématique de la pollution atmosphérique des grandes villes. Selon La Poste, 48 000 personnes seraient mortes de la pollution atmosphérique en 2019. Un chiffre à corréler au fait que 30% de la pollution de l’air vient de la logistique.

Les flux logistiques B2C représentent désormais 20% des flux de marchandises en zone urbaine, avec une croissance annuelle d’environ 10%. Ainsi, dans Paris, le transport de marchandises représente environ 20% du trafic automobile, mais près de 45% des particules fines émises par le trafic routier.

Une opportunité économique pour les entreprises

La cyclo-mobilité dans son ensemble en zone urbaine permet d’enclencher un cercle vertueux bénéfique à tous : moins de véhicules permet de décongestionner les routes, ce qui favorise la construction de pistes cyclables, ce qui permet d’accélérer les délais de livraison du dernier kilomètre et donc de réduire le coût de cette livraison ce qui attirera de nouveaux entrepreneurs.

Si la livraison de colis par de grands groupes de vente par correspondance est prépondérante, on voit émerger un ensemble de nouvelles activités à l’étranger. Par exemple, des cantines mobiles, des studios de télévision, des équipes de nettoyage à vélo, voire même la collecte de déchets encombrants à vélo.

D’après Les Echos, le chiffre d’affaires global de la livraison du dernier kilomètre croît de 10 % chaque année. Il atteindra 2,6 milliards d’euros en France en 2025, contre 1,1 milliards d’euros en 2016.

Le rôle clef de l’Etat

Pour initier cet écosystème, l’Etat a donc comme souvent son rôle moteur à jouer.

Le Plan national pour le développement de la cyclologistique vise à amorcer la pompe pour faire émerger ce secteur d’activité porteur. 12 millions d’euros seront consacrés à la cyclo-mobilité professionnelle.

Le dispositif ColisActiv, financé grâce aux Certificats d’Économie d’Énergie, permet de verser aux opérateurs de cyclo-logistique une prime pouvant aller jusqu’à 2 € par colis livrés pour les 500 000 premières livraisons la première année, puis jusqu’à 1,5€ jusqu’à 1,5 million de colis la deuxième années.

Le programme V-Logistique facilite l’acquisition de vélos à assistance électrique (VAE) pour les professionnels de la livraison. Les achats de vélos-cargos seront également éligibles à la prime à la conversion.

Adapter les entrepôts à la cyclologistique

L’utilisation de vélo-cargos évite de recourir à des engins motorisés mais ils n’offrent pas une réponses à tous les cas de figure, notamment les colis encombrants ou lourd.

D’autre part, la jonction avec le transport routier de longue distance ou les trains postaux est essentielle. Il convient donc de faire cohabiter de façon sécurisée et efficace plusieurs modes de livraison au sein d’un même entrepôt. Il convient aussi d’adapter son organisations et ses rayonnages de stockage à ce mode de livraison.

Dans les faits, un des freins au développement de la cyclologistique en ville est le manque de locaux pour organiser le tri et la distribution des colis entre coursiers. C’est ici qu’entrent en jeu les établissements publics fonciers (portage foncier pour redynamiser les centres bourgs) mobilisés pour structurer et porter la mise à disposition de locaux vacants en cœur de ville pour accueillir des activités de cyclologistique.

L’établissement public foncier Provence Alpes Côte d’Azur a par exemple permis à la structure associative « Synchronicity » à Marseille de s’installer sur un bâtiment dans l’attente d’un projet via une convention d’occupation précaire.

Cyclologistique : des bénéfices notables

Dans les espaces urbains, on note déjà une réduction sensible des émissions de CO2 et des particules fines. Ceci est une conséquence directe de la cyclologistique, tout comme l’absence de nuisances sonores, la décongestion des rues, et la circulation plus aisée dans les espaces piétons.

Les marchandises sont désormais consolidées dans les espaces logistiques de proximité approvisionnés le plus souvent par GNV ou par véhicules utilitaires électriques. Le relai est ensuite pris par les livreurs piétons et les vélos cargo sur le dernier kilomètre.

C’est la fin des stationnements en double file, les risques d’amendes, des dangers imminents associés à la manipulation des produits sur la chaussée, des risques d’amendes et de la pénibilité des chauffeurs livreurs.

Cyclologistique et réglementation

Au regard des nombreux avantages de la livraison en triporteurs ou vélo cargo, il y a de plus en plus de réglementations contraignantes pour la circulation des véhicules de livraison. Les métropoles essaient ainsi, de pousser les entreprises à revoir leur politique de livraison et à se rabattre sur la cyclologistique. Petit à petit, les véhicules les plus polluants seront évacués de nos zones urbaines en fonction des échelons calendaires de chaque métropole.

Au nombre de ces mesures contraignantes, on peut citer la limitation continue et croissante des horaires et des gabarits de véhicules dans les zones denses, l’extension des secteurs piétons et la mise en place de contrôles par bornes hydrauliques sur ces derniers. Parallèlement, on note une démultiplication des cycloentreprises sur toute l’étendue du territoire national.

On peut facilement contacter ces entreprises en ayant recours aux annuaires spécialisés dans l’enregistrement des initiatives vertueuses d’artisans et d’entreprises engagés dans la livraison en vélo cargo.

Cyclologistique : une tendance à la mondialisation

Au regard des estimations du World Economic Forum, il y aura une forte croissance d’environ 78% sur la demande pour la logistique du dernier kilométrage. Une grande partie de cette demande (2/3) est attribuée au B2B (d’entreprises à entreprises), mais la part du B2C (entreprise à client) est elle aussi en constante progression. Cette dernière est par ailleurs, fortement soutenue par l’expansion du e-commerce.

A l’heure actuelle, on se focalise déjà sur l’augmentation des flux de la cyclologistique grâce à l’implémentation des nouvelles technologies telles que l’utilisation des véhicules autonomes. Le Japon par exemple, pays souffrant d’une grande pénurie en main d’œuvre de livreurs, les livraisons sont axées sur des points de rechargement de proximité et des tournées très concentrées. Au Royaume-Uni, les espaces logistiques de Londres e Bristol pensent à verdir le dernier kilomètre tandis qu’Amsterdam songe à interdire la circulation des véhicules thermiques à l’horizon 2025.